Les feuilles mortes

Deux collégiens en mode lèche-vitrine bavent devant l’énorme cendrier. Tu crois que ? Trop cher. Même avec. N’y pense même pas. Et la pipe ? Demande à ta. J’en ai pas. Trop cher. Le coupe-cigare ? Trop cher. Alors quoi ? Les fleurs en plastique. Le plastique, c’est fantastique. La pipe en plastique. Demande à ta. Elle voudra pas. Ou les feuilles mortes. En plastique. À la pelle. Demande à ta. Elle schlingue du bec. Et du schnariflet, elle schlingue aussi, ta ? Une horreur. De la buée sur la vitre. Et si on ? Tu crois que ? Mais il y a une. Faudra faire vite. Qu’est-ce que tu ? T’es fou ? Allez, prends ce qui te. Merde, faut foutre le. Tu la fous ta ? Qu’est-ce que ? Deux collégiens en nage : c’est un accident, monsieur, on voulait juste regarder, on a été poussés et ça a déclenché – on n’a rien pris, monsieur, presque rien, une pipe pour mon pote, il a pas de copine alors il, et une boîte de, on aurait pu pour les fleurs en plastique mais on les a laissées, monsieur, les feuilles mortes aussi, on les a laissées.

Pourtant, c’est si beau, les feuilles mortes (ici par Dee Dee Bridgewater).

Deux collégiens qu’on ramasse à la pelle : ta copine, la pelle, tu peux tirer un trait. De toute façon, la pipe, elle veut pas. La mienne, elle s’appelle Lise ou Cin… ou Mar… ou – t’as jamais eu de copine – d’accord mais la tienne elle veut pas alors elle te sert à quoi – tu peux pas comprendre – de toute façon ici – ils vont pas nous garder – on a quand même – on n’a pas l’âge – dommage pour la boîte de – t’inquiète, j’ai encore ça – quoi ça, montre – le – oui le – putain, si ils – on est mineurs, je te dis, on est tranquilles – mais – t’es vraiment une – tu vas quand même pas le – t’as du feu ? – t’es fou – t’en as jamais goûté, tu – pas ici, t’es con ou quoi ? – c’est comme les filles, t’as jamais – tu crois que – alors ça vient, ce feu ?

Stéphane Grapppelli et Michel Legrand, c’est pas mal aussi.

Deux collégiens qui balaient : le Chinois ne bouge pas, il les regarde balayer, il ne doit pas rester un éclat de verre, allez-y, mes petits loups, balayez. Le Chinois bourre sa pipe, il les regarde balayer, il y en a encore, allez-y, balayez, mes petits loups, et après, il faudra poser la nouvelle vitre, vous avez du pain sur la planche, mes petits loups, allez-y, balayez.

Il y a aussi les versions en anglais, celle de Frank Sinatra entre mille autres.

Deux collégiens qui portent une vitre : le Chinois fume un cigare, il a peur qu’ils la lâchent, il se dit les pauvres petits loups, attendez, je vais vous aider. Ou pas. Il leur rit au nez.

Et la version de Bob Dylan, vous connaissez ?

Deux collégiens épuisés : le Chinois leur tend un verre, ils trempent les lèvres, c’est du tourbé, ils font la moue. Deux collégiens ivres morts : le Chinois remplit les verres, ils lapent, ils goûteront à tout, puisque ça les intéresse, ils boiront un peu de chaque, ils fumeront de tout, ils vomiront tout si ça leur plaît et ça leur plaît puisqu’ils sont prêts à briser une vitrine pour tout goûter, pour tout boire, pour tout fumer, pour tout gerber, et une fois qu’ils auront tout bu et tout fumé et tout gerbé, il restera à essayer les coupe-cigares sur leurs petits doigts de voleurs qui veulent tout goûter et pour finir quand ils pisseront le sang en crachant leurs poumons, il leur fera bouffer les fleurs en plastique, le Chinois, et les feuilles mortes, à grandes pelletées.

Avec la voix de Juliette Gréco, c’est plus digeste, les feuilles mortes.

les feuilles mortes les feuilles mortes et aussi quoi la chaise une autre et aussi quoi la lumière est forte et des feuilles mortes et aussi quoi sur la table un cendrier des mégots ou pas de cendrier pas de mégots les feuilles mortes des lumières roses bleues rouges blanches les feuilles mortes les chaises quoi d’autre les feuilles mortes et trop vite quoi les voitures le couloir comme si la mort les feuilles mortes les feuilles mortes et puis quoi les tables le tronc et puis quoi les feuilles mortes les feuilles mortes pourquoi t’as bougé l’appareil c’est pas moi c’est les feuilles mortes les yeux qui font la lumière qui fait rouge et puis bleu et puis rose blanc les feuilles mortes le cendrier au fond du corridor il y a quoi les feuilles mortes les chaises et puis le tronc rose les voitures bleues les feuilles mortes et puis quoi il y a arrête de dire les feuilles mortes les feuilles mortes arrête de dire il y a la nuit la lumière noire et blanche les feuilles mortes et tu crois que c’est elle non c’est les feuilles mortes les feuilles mortes il y a des silhouettes où ça des silhouettes arrête de bouger j’ai mal au bide il y a les feuilles mortes le tronc et puis des silhouettes qui bougent arrête et aussi des voitures la nuit les néons et puis quoi les feuilles mortes il y a les feuilles mortes il y a qui est-ce que tu ou elle cette silhouette si c’est elle c’est foutu les feuilles mortes les troncs les couleurs la nuit le couloir le corridor le corridoir il y a elle la silhouette c’est pas les feuilles mortes rouges roses bleues et il y a quoi le coudoir le corps le couloir il y a le corridor tu dors ou quoi il y a les feuilles mortes on n’aurait pas dû tais-toi corridor il y a feuilles et puis tu silhouettes et elle il y feuille et toi morte il bouge et puis nuit le corridor les tables il les feuilles y noires y a les et puis tu silhouette les cendriers il tu fumer tue le bide et puis il y a il y a il y a est-ce que tu les feuilles les il y a les mortes tu tues et il y puis y a tu s’il où es-tu il coule il couloir y a noir les feuilles les noirs et il tu as des lumières et nous tu et puis il y a je non attends il y a arrête de bou arrête tu je les feuilles mortes les feuilles mortes les feuilles mortes les feuilles mortes les mortes mortes il y a les mortes

La version d’Iggy Pop en vaut aussi le détour.

Un tutu pour le tronc-tronc. Sinon : les poubelles. Des silhouettes ? Trop loin. Finalement, il n’y en a pas tant que ça. Quoi ? Les feuilles mortes. On avait l’impression qu’il y en avait des tonnes mais on était jeunes, on exagérait tout, on était rentré à vélo parce qu’on n’avait pas encore la Honda. Tu trouves pas que c’est désert ? Deux silhouettes, c’est peu. Et nous, tu te souviens ? Pas tout. Le Chinois, un beau salaud. Et nous ? Deux petits cons. Tu te souviens ? Il faut traverser le passage piéton, c’est un peu plus loin. Tu as toujours la batte de baseball dans le coffre? Il paraît que le Chinois est toujours là et qu’il nous attend de pied ferme.

Le temps passe, mais on n’oublie pas la chanson de Prévert…
…ni la chanson de Gainsboug (ni celle de Romain Didier).

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